La place de la femme dans la société française au XIXe s

 

INTRODUCTION

Le XIXe siècle en France est le siècle de tous les changements :

  • changement des modes de vie caractérisé par l’exode rural et le travail en usine ;
  • changement des modes de pensée avec l’apparition des nouvelles idées comme le libéralisme et le socialisme ;
  • et enfin, changement de l’exercice de la citoyenneté illustré par les évolutions successives du droit de vote et de la liberté d’expression.

Dans cette société en mutation, il y a pourtant une chose qui semble ne pas avoir changé : le statut de la femme. Qu’elle soit ouvrière, paysanne ou grande bourgeoise, la femme est en permanence exclue des avancées politiques et sociales.

Nous ferons dans un premier temps l’état des lieux de la condition féminine au début du XIXe siècle. Puis nous étudierons comment les transformations du siècle infl!uent sur la place de la femme au sein de la société. Enfin nous nous intéresserons aux revendications sociales et politiques de celles qu’on appellera bientôt les féministes.

Documents

Article 213. Le mari doit protection à sa femme,  la femme doit obéissance à son mari. [...]
Art. 229. Le mari pourra demander le divorce si sa femme commet  un adultère. [...]
Art. 230. La femme pourra demander le divorce si le mari commet un  adultère dans leur maison. [...]
Art. 1124. La femme passe de l’autorité de son père à celle de son mari. Elle est une éternelle mineur qu’il faut protéger. [...]
Art. 1421. Le mari s’occupe seul des biens de la famille. Il peut les vendre et les donner sans l’accord de sa femme.

Extrait du Code civil, 1804.
Il est douloureux de le dire : dans la civilisation actuelle, il y a une esclave. La loi a des euphémismes : ce que j’appelle une esclave, elle l’appelle une mineure ; cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c’est la femme. L’homme a chargé inégalement les deux plateaux du Code [...] : tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme [...].  La femme ne possède pas, elle n’est pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens,  il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent : il faut qu’il cesse.

Victor Hugo, lettre au rédacteur en chef du journal L’Avenir des femmes, le 8 juin 1872.

I. La femme au XIXe siècle : état des lieux

a. La femme dans la Révolution française

La Révolution française proclame l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Mais dans les faits, au moins la moitié des citoyens n’est pas concernée, car parmi les oubliés, on compte les femmes. C’est pourtant elles qui, comme le montre cette gravure de l’époque, sont allées le chercher le 5 octobre 1789 faire prisonnier le roi à Versailles.

 

L’ingratitude des révolutionnaires provoque la colère de certaines. Olympe de Gouges dénonce cette injustice dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, mais personne n’entend cet appel. Pire, en 1795 les législateurs iront même jusqu’à interdire les rassemblements de plus de cinq femmes dans la rue !

Les espoirs que nourrit Olympe de Gouges après la Révolution laissent place à la désillusion. Et si les femmes obtiennent quelques droits, comme le droit au divorce, ces derniers seront limités ou annulés par le Code civil, qu’on appelle aussi le « code napoléonien ».

b. Le Code civil, une infériorité définie par la loi

À retenir

Le Code civil est instauré par Napoléon en 1804. Il inscrit dans la loi l’infériorité des femmes.

La femme y est considérée comme une éternelle mineure. De l’autorité et de la tutelle de son père elle passe, avec le mariage, sous l'autorité de son mari. Dans ce système patriarcal, la femme n’a ni autorité sur ses enfants, ni droits sur les biens du couple. De plus, si elle veut travailler, elle doit absolument bénéficier de l’autorisation de son mari.

Dénition

Système patriarcal :

Système dans lequel l’ordre social repose sur l’autorité paternelle.

Cette question du travail des femmes est intéressante car au XIXe siècle, l’émancipation de la femme passe en partie par son accès à l’emploi.

II. Les femmes dans une société en transformation

a. Le rôle traditionnel de la femme

Traditionnellement, le rôle de la femme est auprès de son foyer. Pourtant les femmes ont toujours travaillé. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler qu’avant l’exode rural massif, la société française est une société rurale et que la femme est avant tout une paysanne. Les femmes travaillent dans les champs, mais pas seulement. À la campagne, elles occupent aussi d’autres emplois comme lavandière, nourrice.

En ville, celles qui travaillent peuvent être cuisinières ou domestiques, mais la plupart travaillent dans les ateliers familiaux.

À retenir

Pourtant traditionnellement, l’activité des femmes s’inscrit d’avantage dans le cadre du foyer.

Ce sont elles par exemple qui s’occupent des enfants et en général dans un couple, elles gèrent les finances de la maison. Certaines entrent en religion et assurent l'instruction.

b. L’industrialisation et le travail féminin


L’industrialisation du XIXe siècle provoque deux phénomènes : la hausse de l’activité des femmes et leur émancipation du foyer.

À retenir

On parle d’émancipation, parce que le travail des femmes est de plus en plus distinct des activités domestiques.

Elles entrent par exemple dans les usines. On les trouve majoritairement dans le secteur du textile. Le nombre de femmes ouvrières augmente sensiblement. Les salaires sont bas et les conditions de vie difficiles. Émile Zola décrit avec précision cette réalité de l’époque. Dans son livre Nana, il évoque un autre phénomène, lui aussi en forte croissance au cours du siècle, la prostitution.

À retenir

À la fin du siècle, d’autres carrières, plus gratifiantes, s’ouvrent aux femmes.

D’abord dans le commerce avec l’ouverture des grands magasins, ensuite dans l’enseignement avec le métier d’institutrice.

À retenir

L’entrée de la femme dans le monde du travail suscite un vrai débat. Il devient même un problème de société.

Certains hommes voient ce début d’émancipation d’un mauvais œil. D’autres y voient la menace d’une main-d’œuvre concurrente et déloyale, car les femmes sont alors payées moitié moins.

III. Les revendications

Tenues à l’écart de la citoyenneté, certaines femmes n’en sont pas moins de farouches militantes.

a. Les femmes dans les combats politiques du XIXe siècle

Inférieures aux hommes selon la loi, les femmes n’en sont pas moins leur égales dans la rue. Et si elles sont privées de leur voix électorale, elles n’entendent pas pour autant rester des citoyennes muettes.

À retenir

Comme pour les journées révolutionnaires, les femmes participent massivement aux manifestations et aux grèves ouvrières du XIXe siècle.

Elles sont bien là en 1848, nombreuses sur les barricades pour renverser la monarchie de Juillet. Mais à nouveau, malgré leur engagement actif, les femmes n’obtiennent pas les avancées qu’elles méritent.

À retenir

Alors que la Seconde République proclame le suffrage universel, les femmes en sont encore exclues.

Néanmoins, en travaillant dans les usines, beaucoup d’ouvrières se sont politisées et ont développé une conscience de classe.

Définition

Conscience de classe

Développement de sa capacité à agir pour promouvoir les intérêts de sa classe sociale.

Certaines deviennent de vraies femmes politiques, comme Flora Tristan.

Cette ouvrière du textile est aussi, dans les années 1830 et 1840, une redoutable militante socialiste. Mais alors que son engagement politique est à bien des égards remarquable, beaucoup d’hommes se moquent de ses idées féministes.

b. Le développement du féminisme

Le féminisme est un terme qui date du XIXe siècle.

Dénition

Féminisme :

Il s’agit d’un ensemble d’idées et de mouvements qui ont pour but d’établir l’égalité politique et sociale des femmes.

À retenir

Les militantes, qu’on appelle les féministes, s’organisent aux cours du siècle pour défendre leurs revendications.

Elles rédigent des journaux, ouvrent des clubs et organisent des rassemblements.

À retenir

Parmi les revendications des féministes, il y a d’abord l’accès plus large à l’éducation.

Il y a aussi et surtout la réforme du Code civil qui maintient la femme toute sa vie sous tutelle d’un homme.

Autre revendication importante, les féministes réclament le rétablissement du droit de divorce, qui leur a été retiré en 1816.

Elles sont de plus en plus nombreuses à soutenir ces droits telle Julie-Victoire Daubié, première femme à avoir obtenu son baccalauréat en France en 1861.

On peut citer également la journaliste Maria Deraismes qui, en 1870, fonde l’Association pour le droit des femmes.

Le combat est long pour faire changer les mentalités. Mais à partir des années 1860, les femmes obtiennent nalement quelques avancées. En 1880, elles peuvent aller au lycée. En 1884, le droit au divorce est rétabli.

Le suffrage universel, lui, ne semble pas à l’ordre du jour. A la fin du XIXe siècle, le mouvement féministe se radicalise autour de la figure de Hubertine Auclert, qui boycotte les institutions de la République et mène des actions de plus en plus radicales. Avec elle, le féminisme français importe le mouvement des suffragettes, né en Angleterre. Il revendique alors clairement et violemment le droit de vote pour les femmes.

Conclusion :

Les femmes sont les grandes oubliées des acquis sociaux de la Révolution. De même qu’en 1848, leur engagement pour la République ne leur vaut pas plus de reconnaissance de la part des législateurs. Tenues à l’écart de la citoyenneté par le Code civil napoléonien, les femmes profitent de l’industrialisation pour s’émanciper. On a pu voir l’importance de l’accès au travail dans cette émancipation. Mais face à une société qui semble toujours vouloir les enfermer dans un rôle domestique d’épouse et de mère, certaines se politisent et s’organisent pour défendre des revendications féministes.

Au terme du XIXe siècle, les femmes ont obtenu un accès à l’éducation et le droit de divorce. Pour voter, elles devront attendre la moitié du XXe siècle.